Menaces sur les abeilles
Cruiser and co
Les associations environnementales l'avaient prédit le 3 janvier dernier : le ministre de l'agriculture Michel Barnier a autorisé l'insecticide Cruiser fabriqué par Syngenta. Ce produit, qui contient du thiaméthoxam, appartient à la même famille que les substances actives du Gaucho et du Regent incriminés pour leur impact néfaste sur les abeilles.
En revanche le Gouvernement a décidé de ne pas autoriser le Poncho-Maïs, fabriqué par Bayer. Ce produit contient du thiaméthoxam, dont le principe actif est la clothianidine de la famille des néo-nicotinoïdes. Les substances actives présentes dans le Régent (fipronil), le Gaucho (imidaclopride), le Poncho (clothianidine) et le Cruiser (thiaméthoxam) appartiennent à la même famille d'insecticides systémiques utilisés en enrobage de semences, notamment de maïs. Elles sont homologuées au niveau européen, même si la France a été le seul pays européen à retirer l'autorisation d'usage du Régent et du Gaucho.
C'est à se demander si les politiques sont conscients des décisions qu'ils prennent, surtout lorsqu'elles engagent les générations futures. Plus irresponsables qu'eux, tu meurs. Mais en attendant ce sont les abeilles qui crèvent, et la biodiversité qui est en péril. Et forcément, nous en subirons le contre coup à plus ou moins court terme.
Personne n'ignore que les pesticides, insecticides, fongicides et autres herbicides, utilisés pour améliorer les rendements des cultures, exposent la biodiversité à des aléas majeurs. Tout un chacun a pu constater que la faune et la flore ont regressé de manière significative aux abords des champs cultivés. Ceux-ci sont devenus des déserts écologiques. Rencontrer un faisan lors d'une promenade dans la campagne devient exceptionnel. Les papillons se font tellement rares que le Muséum d'Histoire naturelle de Paris et l'Association Noé, ont organisé un comptage sur le plan national, afin d'évaluer les populations dans les parcs et jardins.
Et je ne parle pas des résidus de molécules toxiques pour la santé dont nos aliments sont imprégnés... Il suffit de songer aux méfaits du chlordécone dans les Antilles françaises.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chlord%C3%A9cone
Tous les insectes payent un lourd tribut, mais surtout les butineurs : diptères, hyménoptères ou coléoptères qui entretiennent la pérennité de la majorité des végétaux de la planète, en les pollinisant. Dans ce domaine les abeilles sociales sont aux premières loges. Elles sont les ouvrières les plus efficaces que l'on puisse trouver dans le domaine qu'est la pollinisation. Elles sont zêlées, infatigables et rationnelles au contraire des autres espèces. Elles oeuvrent tout d'abord pour la survie de leur propre colonie, avant de travailler pour l'homme qui prélève une partie de leur production.
(Cernay - Haut-Rhin / Apis mellifera sp. - Abeille sociale - probable Buckfast)
L'abeille est une véritable sentinelle écologique. Sa présence et la bonne santé des ruches sont des indicateurs fiables de la qualité de l'environnement. Or, l'agriculture intensive est nocive à plusieurs titres. Elle appauvrit la qualité des sols en oligo éléments et porte atteinte à la biodiversité, elle accentue l'érosion, entraîne une utilisation abusive des ressources en eau, favorise la dégradation des sols et procède à la persistance des molécules toxiques dans le sol, avant d'entraîner l'eutrophisation et la désertification. Actuellement les abeilles sont en meilleure forme dans les villes où les municipalités, les Conseils Régionaux et d'autres instances ont fait installer des ruches avec l'aide de l'UNAF.
L'Union nationale de l'Apiculture française qui a oeuvré pour interdire le Régent et le Gaucho, est indignée de l'autorisation de mise sur le marché d'un nouvel insecticide systémique destiné à enrober les grains de maïs : le Cruiser, que le Ministère de l'Agriculture vient d'autoriser pour un an, contre les avis des spécialistes dont celui d'un éco-toxicologue de l'Inra d'Avignon (Luc Belzunces), qui a démontré que le retour des abeilles à la ruche pouvait être perturbé par l'absorption de thiamethoxam, même à des doses très faibles. Cette molécule avait pourtant été retrouvé dans les cadavres d'abeilles chez une apicultrice lombarde, dont 70 % du cheptel avait disparu ! Il est à noter que d'autres apiculteurs italiens ont subi des déboires similaires.
Selon la société suisse Sygenta qui produit la molécule, des essais sous tunnels n'ont montré aucun effet significatif sur les abeilles. L'Agence française de Sécurité sanitaire des Aliments, chargée de l'évaluation des pesticides, a émis une série de recommandations farfelues, afin de limiter l'exposition des abeilles, du genre : "il faut que les graines soient enterrées profondément dans le sol et elles ne doivent pas affleurer la surface (comme si les agriculteurs allaient ramasser les grains restés en surface un à un après le semis !), que le produit soit utilisé sur des parcelles différentes chaque année (le feu vert ayant été donné pour un an, cela laisse présager de la reconduction de l'autorisation...), et que les parcelles ne doivent pas comporter de plantes attrayantes pour les abeilles l'année suivante (tournesol, colza...) à cause de la persistance des molécules dans le sol (où il est dit à demi mot, que les molécules, drainées par les radicelles et les racines, se retrouvent dans toute la plante, la rendant ainsi impropre à la consommation et... au butinage).
(Colmar - Haut-Rhin / Apis mellifera sp. - Abeille sociale sur fleur de cerisier)
Je n'ai jamais eu l'occasion de lire un tel ramassis d'inepties (et ceux qui me connaissent savent que je modère mes propos). Car en résumé, le produit est toxique - sinon pourquoi ensevelir profondément les grains enrobés - même pour les abeilles, qu'il faut tenir éloignées des champs traités ! Les agriculteurs ont le droit d'utiliser l'insecticide, mais pas d'une année sur l'autre, ni au même endroit ! Ils doivent alterner les parcelles.
Je ne sais pas si les "génies" qui ont rédigé ces directives sont déjà sortis un jour de leur bureau, mais ils doivent apparemment ignorer que les abeilles sociales ne sont pas les seuls insectes pollinisateurs (il existe plus de 20 000 autres espèces d'Apidae dont 1 000 espèces sociales), et qu'il semble assez improbable, sinon impossible, de contrôler l'implantation spontanée de fleurs sauvages également attractives pour les abeilles, puisque leurs graines sont disséminées par le vent ou par des animaux de diverses espèces (mammifères, rongeurs, oiseaux...). Il aurait été plus sage, d'appliquer le principe de précaution. Mais il y a tant d'enjeux financiers...
A l'heure ou l'Europe finalise la mise en oeuvre du programme ALARM (Assessing LArge-scale environmental Risks for biodiversity with tested Methods - 2004/2008) avec la contribution de l'Inra d'Avignon, pour le module "pollinisateurs", il est intolérable que certains pays européens, dont la France, autorisent l'utilisation de molécules potentiellement dangereuses pour les insectes que l'on est sensé protéger. Le projet ALARM est destiné à évaluer les risques encourus par la biodiversité terrestre et marine, et l'impact potentiel de son déclin à l'échelle de l'Europe. Parmi les quatre modules de ce programme, l'Inra s'est vu confier celui des pollinisateurs.
http://www.inra.fr/recherche?select=&go=1&q=abeilles
(Steinsoultz - Haut-Rhin / Apis mellifera sp. - Abeille mellifère récoltant du pollen... rouge)
Cette image d'une abeille recueillant du pollen rouge est emblématique de la spécialisation des hyménoptères. Les insectes butinant des fleurs de la famille des papavéracées (coquelicots, pavots...) produisent du pollen noir. En plus du pollen jaune ou beige que nous avons l'habitude de voir, il en existe également du bleu. Mais s'il de nombreuses espèces d'hyménoptères sont inféodées à certaines variétés de plantes, il en est d'autres plus ecclectiques. Alors pour savoir quels types de plantes peuvent être "attrayantes" pour les abeilles... Vous pourrez juger vous-mêmes de la difficulté. Si les scientifiques se sont aperçus que la biodiversité était en danger, cela ne semble troubler ni les industriels qui ont investi des fortunes en recherches, ni les politiques dont les intérêts fianciers sont souvent liés aux sociétés mentionnées.
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Que penser de ces dispositions inconscientes qui vont à l'encontre des mesures prises lors du Grenelle de l'Environnement ? Pour mémoire je rappelle que le Grenelle de l'Environnement organisé en france en octobre 2007, réunissait des représentants du gouvernement, des associations professionnelles et des ONG. Il visait à prendre des décisions à long terme en matière d'environnement et de développement durable. Les six groupes de travail constitués, planchaient sur les sujets suivants :
1) Lutter contre les changements climatiques et maîtriser la demande d'énergie
2) Préserver la biodiversité et les ressources naturelles
3) Instaurer un environnement respectueux de la santé
4) Adopter des modes de production et de consommation durables
5) Construire une démocratie écologique
6) Promouvoir des modes de développement écologiques favorables à l'emploi et à la compétitivité
Dans le domaine de l'agriculture, il était prévu de réduire de moitié la fréquence de traitement aux pesticides. Il y a cependant un bémol de taille. Comme quoi rien n'est parfait... Mais tout le monde se congratule d'avoir réalisé une "avancée significative" dans le domaine de l'écologie... Cette réduction s'effectuera sans calendrier précis (il avait préalablement été annoncé 10 ans par les organisations environnementales), et sera conditionné à la diffusion de méthodes alternatives, sous réserve de leur mise au point !
Ce n'est donc pas encore gagné, car comment peut-on préserver la biodiversité en continuant à l'empoisonner ?
(Chalampé - Haut-Rhin / Oxythyrea funesta - Drap mortuaire recouvert de pollen qu'il ira déposer sur une autre fleur, ou pas. Ces coléoptères ont plutôt tendance à se goinfrer du pollen qu'à le disperser)
Et pour conclure (provisoirement) sur le sujet du Cruiser, je confirme que les empoisonneurs ont gagné !
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Le monde pourrait-il survivre sans abeilles ?
Les abeilles sont autant productrices de miel qu'elles sont indispensables à la pollinisation des fleurs et des plantes. En effet, elles constituent un élément dans la chaîne interactive des écosystèmes. Le rôle de l'insecte est primordial dans les différents cycles de la vie des diverses espèces. Pas d'abeilles, pas de miel, mais surtout non reproduction et disparition de certaines espèces végétales, et donc extinction de certaines espèces animales.
En octobre 2006, un apiculteur de Floride inspectait ses 3000 ruches lorsqu'il constata que la plupart d'entre elles étaient vides. Toutes les ouvrières avaient disparu. Il ne restait que la reine, entourée de quelques jeunes abeilles en bonne santé. Pour une raison inexpliquée, l'homme avait perdu 85 % de son cheptel. Depuis, ce scénario se répète, ruche après ruche. Les dernières estimations chiffrent à 1,5 million, le nombre de colonies qui auraient disparu en quelques mois sur l'ensemble du territoire des Etats Unis.
Si l'ampleur du phénomène est nouveau outre-atlantique, le mystérieux syndrome d'effondrement des colonies (Colony Collaps Disorder) existe depuis plusieurs années en Europe.
(Guebwiller - Haut-Rhin / Colletes hederae - Collète du lierre / se nourrit exclusivement du pollen de cette plante - c'est l'abeille la plus tardive car on peut la voir voler encore au mois d'octobre)
à suivre

Commentaires
patrick le 22/06/2009 à 22:49:02J'espère bien que les retombées ne seront pas aussi catastrophiques que ce que l'on peut envisager. En effet, les apiculteurs conscients du problème, ont très certainement déjà dû évacuer les ruches sur les hauteurs.
Citrouille-man le 22/06/2009 à 21:05:56
Le maïs va fleurir d'ici peu, on peut s'attendre à des retombées catastrophiques sur les colonies. On aura la confirmation d'ici peu...
Il y avait un fax sympathique qui a été diffusé, qui recommandait aux agriculteurs de se dépêcher de semer Cruiser car certains n'avaient pas respectés les réglementations et ils craignaient une interdiction du Cruiser...
Anna site : microcosmos.skyblog.com | le 02/05/2008 à 00:19:31
Dans les maquis au dessus de Portel les Corbières dans l'Aude, les abeilles semblent pour l'instant en parfaite santé. La plupart butinent en ce moment les fleurs de cystes et portent des pelotes de pollen orange vif. C'est très curieux à voir.
Bon, je promets de ne plus téléphoner avec mon portable en passant dans leur espace
:-))